Délivrance des visas en 48h : "C’est un mauvais choix gouvernemental"

Comité interministériel du 27 juillet 2017


Valérie Jacq-Duclos, secrétaire générale de la CGT du ministère des Affaires étrangères, a dénoncé mercredi sur franceinfo "la pression" sur les agents et la négligence envers "les pays liés traditionnellement à la France" induites par la nouvelle politique des visas.

Lors du comité interministériel qui a eu lieu mercredi 27 juillet, onze mesures ont été adoptées pour favoriser le tourisme. Parmi elles, une délivrance accélérée des visas en 48 h pour huit nouveaux pays comme la Russie ou la Thaïlande.

Pour Valérie Jacq-Duclos, secrétaire générale de la CGT du ministère des Affaires étrangères (CGT-MAE), compte tenu des effectifs actuels, cette mesure sera applicable au détriment de la sécurité.

franceinfo  : Les personnels des consulats peuvent tenir ces délais ?

Valérie Jacq-Duclos  : Dans l’état actuel, non. Les effectifs du ministère des Affaires étrangères sont de 15 000 agents pour le troisième réseau du monde derrière les États-Unis et la Chine. Si on compare avec les effectifs d’une ville comme Toulouse qui sont de 30 000 agents ou ceux de Paris qui sont de 55 000, on a une idée des tensions en termes de personnel. (...) Le gouvernement a annoncé une baisse du budget du Quai d’Orsay de 282 millions d’euros, on s’inquiète pour les personnels qui ont maintenant des horaires à rallonge, qui sont obligés de venir travailler le week-end. Il y a beaucoup de tension dans le personnel des ambassades et des consulats. Donc tenir ces délais sera possible mais uniquement si on sort de la réglementation du temps de travail. Ce qui se traduirait pour les agents par énormément de pression. Il y a un risque migratoire assumé. Les agents engagent leur responsabilité lorsqu’ils signent un accord pour un visa, s’ils ont une pression ça les met dans une position très difficile.

La délivrance accélérée des visas se fera-t-elle au détriment des contrôles et de la sécurité des données ?

Bien sûr, à partir du moment où vous devez faire du chiffre, vous êtes moins regardant sur les documents et leur éventuel caractère frauduleux. Il y a déjà une trentaine de pays où ce sont des sociétés privées qui sont chargées de faire la prise de rendez-vous et du premier traitement du dossier, avant de le passer aux agents titulaires qui vont instruire le dossier. Cette méthode n’est pas sure à 100%. En Algérie, on a été obligé de changer de prestataire car il y avait un système de fraude à grande échelle. Après dans un pays comme l’Algérie, il faut six mois pour un visa, nous on dénonce aussi cette pratique qui favorise seulement la diplomatie économique et qui néglige les pays traditionnellement liés à la France comme le Mali ou l’Algérie. Cette politique des visas est mal vécue par les gens sur place ou ça devient la croix et la bannière pour obtenir un visa. (...) C’est un mauvais choix gouvernemental.