Courrier de la CGT-MAE à M. Jean-Yves Le Drian, nouveau ministre des affaires étrangères


Paris, le 1er juin 2017

Monsieur le Ministre,

La CGT/MAE vous félicite pour votre nomination et vous souhaite la bienvenue dans notre ministère. Notre syndicat espère que vous aurez à cœur d’améliorer les conditions de travail de ses agents. Ceux-ci ont en effet été durement et démesurément mis à contribution par les politiques de suppression d’effectifs dans la Fonction publique menées ces dernières années.

Nous souhaitons à présent tirer la sonnette d’alarme et attirer votre attention sur un état de fait : le niveau des effectifs actuel ne permet plus aux agents d’accomplir leurs missions dans le respect de leurs droits.

Dans nos postes à l’étranger, les heures supplémentaires se multiplient de façon exponentielle, toutes catégories de personnel confondues. En raison du manque d’effectifs, beaucoup de collègues doivent travailler toute la semaine dans des conditions de pression et de stress. De même, le nombre d’agents en fonction ne permet plus d’espacer suffisamment les permanences et les astreintes du week-end.

En administration centrale, les horaires de travail s’étirent au-delà du raisonnable dans beaucoup de services ou directions.

Alors que le Département a mis en place la Charte du temps pour veiller à un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, nos collègues témoignent de dépassements d’horaires quotidiens impliquant un retour tardif au domicile en semaine ainsi que de leur présence au bureau les fins de semaine. Dans ce contexte, ceux qui exercent hors de France laissent des familles isolées, loin de leurs repères familiers, livrées à elles-mêmes. S’ensuivent des situations personnelles et familiales douloureuses (séparation, échec scolaire, dépression, etc.).

C’est de cette réalité que nous souhaitons que vous fassiez état auprès du gouvernement et de nos concitoyens en vous battant pour nos emplois. Non seulement notre ministère ne supportera pas de nouvelles suppressions d’effectifs mais il faut, et de façon urgente, que de nouveaux ETP soient créés pour que nos collègues puissent travailler dans des conditions acceptables.

La qualité du service public est également mise à mal par cette politique de réduction des effectifs : alors que nos communautés françaises à l’étranger ne cessent de croître, on voit se réduire drastiquement les moyens alloués pour les servir. Sans aucun doute aurez-vous l’occasion de constater, lors de vos déplacements dans nos postes, les tensions qui en découlent : files d’attente, délais de traitement des dossiers, réception du public « à la chaîne » ne permettant plus de prendre en compte les situations individuelles. La dématérialisation et le numérique ne peuvent pallier ce manque de personnel, les dysfonctionnements étant encore trop fréquents, l’accès au réseau très inégal selon les pays et la complexification des dossiers nécessitant souvent qu’ils soient traités individuellement.

La deuxième préoccupation prioritaire pour la CGT/MAE est le traitement par notre ministère de son personnel précaire : recrutés de droit local et recrutés de droit public.

Les droits des premiers ne cessent d’être remis en question : ils viennent de perdre la possibilité de passer les concours internes, perdent progressivement celui d’être affiliés à la sécurité sociale française, ne peuvent également plus adhérer à notre mutuelle, etc. La logique qui semble prévaloir est d’éviter à tout prix qu’ils puissent se réclamer du service public alors qu’ils remplissent bien des missions de service public, et même de plus en plus, avec la politique de remplacement des titulaires par des ADL : Etat civil, Administration des Français de l’Etranger, visas, etc.

Nous dénonçons également le mépris du droit que reflète parfois la façon dont ces collègues sont traités : licenciements abusifs, sanctions injustifiées, rémunération insuffisante, etc. Nous savons d’expérience que l’image de la France à l’étranger passe aussi et même surtout par la façon dont elle traite ses employés locaux. Beaucoup de ces derniers, qui travaillent depuis de nombreuses années pour la France, sont à présent blessés par le comportement de leur employeur.

La CGT/MAE a été sensible au choix du Président de la République de se rendre au Mali dès sa prise de fonction. Nous nous y sommes également déplacés récemment et y avons constaté la fidélité, la loyauté à la France de nos recrutés locaux et de la communauté franco-malienne. Cet attachement des pays francophones à nos valeurs ne peut être sacrifié sur l’autel des contraintes budgétaires. Notre ministère commettrait alors une faute politique aux conséquences humaines désastreuses.

En ce qui concerne les contractuels de droit public, nous demandons que soient examinées au cas par cas les demandes de « cédéisation ». En effet, la politique de contournement systématique du dispositif Sauvadet, menée par notre ministère, a accentué la précarité de ces agents qui se retrouvent parfois sans emploi, après de nombreuses années au service du MEAE et souvent dans des postes difficiles. Au-delà du droit strict, une politique de gestion du personnel humaine et éthique doit prévaloir.

Nous vous demandons, Monsieur le Ministre, de porter la plus grande attention à ces questions. Défendre l’image de la France et ses valeurs, c’est d’abord protéger les agents, titulaires ou non, qui assurent chaque jour, en administration centrale comme à l’étranger, le bon fonctionnement de ce ministère et permettent ainsi que notre pays conserve son rang et son influence dans le monde.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, au nom de la CGT/MAE, l’expression de notre haute considération.

Valérie Jacq-Duclos, secrétaire générale CGT/MAE

Copie : Mme Hélène Farnaud-Defromont, directrice générale de l’administration