CTM des 28-29 juin 2017

Discours de Valérie JACQ-DUCLOS, Secrétaire Générale de la CGT/MAE


Mme Valérie JACQ-DUCLOS (experte CGT-MAE) revient sur la moralisation de la vie publique, priorité du gouvernement. En effet, il reste beaucoup de progrès à faire au sein de ce ministère en termes de transparence et de déontologie. Les règles de déontologie ne s’appliquent malheureusement pas à tous. Les dossiers des agents comportent des données non officielles, qui pèsent sur le traitement de certains d’entre eux.
Les sanctions disciplinaires les plus lourdes portent essentiellement sur les agents de catégorie C, épargnant les agents des fonctions supérieures. Les élites de ce Département méprisent malheureusement leurs collègues, de catégories inférieures. Ce ministère gagnerait beaucoup à appliquer ces règles déontologiques à tous. Les organisations syndicales sont aussi les garantes de cette déontologie et méritent tout le respect.
Les contraintes en matière d’effectifs amènent un certain nombre de situations de souffrance chez les agents, notamment à cause de la charge de travail. C’est pourquoi son organisation s’est étonnée des faibles besoins remontés des directions lors de la GPEEC en termes d’effectifs. Cette position ne correspond pas à la réalité des conditions de vie des agents. Le réseau consulaire a été sacrifié avec des conséquences graves sur la qualité du service public rendu aux communautés françaises à l’étranger.
La DRH est de plus en plus sollicitée pour des problèmes d’encadrement. À ce jour, ces problématiques ne portent plus sur des cas de défaillances individuelles. Elles découlent des difficultés dans lesquelles les cadres sont amenés à assurer leur mission, qui génère d’inévitables tensions.
Son organisation souhaite que des actions protègent le personnel précaire du ministère, à savoir ses contractuels de droit local ou de droit public. Dans l’organisation actuelle du dialogue social, les représentants du personnel ne sont plus en mesure de défendre les recrutés locaux. En effet, l’administration renvoie toutes les demandes des organisations syndicales concernant les ADL à des logiques de droit privé local. Or, il n’est pas possible de maîtriser les subtilités des 150 droits privés locaux du réseau. Comme l’a souligné le ministre, les recrutés locaux font office de service public.
Si l’administration persiste dans son refus d’accorder aux recrutés locaux toute action dans le service public français, elle doit permettre à ces derniers de bénéficier d’une double représentation syndicale, locale et centrale. Ainsi, ces agents seraient soutenus localement par des syndicats compétents et formés au droit de leur pays, en conformité avec leur statut. Cela leur permettrait notamment de signer des conventions d’entreprises, qui régissent une grande partie du droit du travail dans un grand nombre de pays.
Par ailleurs, il paraît important de concentrer des efforts sur la diversité au sein de ce ministère. Les représentants présents autour de cette table illustrent bien l’absence de diversité au MEAE, y compris du côté des représentants du personnel. L’absence de diversité parmi le personnel du Département impacte l’image de la France à l’étranger, car elle ne reflète pas la réalité de la société française. Il faut faire un gros effort d’accueil et d’intégration de personnel issu de milieux sociaux, qui ne maîtrisent pas nécessairement les codes de la diplomatie.
Enfin, le réseau d’influence culturel du ministère a été sacrifié. Le statut des instituts français n’est pas satisfaisant. Ceux-ci ne bénéficient ni de l’autonomie promise ni du soutien qu’ils avaient auparavant. Ils n’ont pas les moyens d’assurer le rayonnement culturel de la France, ce qui impacte là encore l’image internationale de la France.
De même, son organisation regrette l’accent mis sur la diplomatie économique, en favorisant l’implantation de grosses équipes en Inde ou en Chine, au détriment de pays historiquement liés à la France, à savoir les pays de la francophonie. C’est pourquoi elle demande que les pays de la francophonie soient réintégrés dans les priorités de la diplomatie française.
En conclusion, l’accent a été mis sur les services de communication et budgétaire. Toutefois, son organisation souhaite que les analyses stratégiques et politiques ne soient pas sacrifiées au profit de ces missions. Les conseillers d’Orient représentent le cœur d’expertise du MEAE, notamment au niveau linguistique. En effet, certaines langues rares ont été supprimées du concours de conseiller d’Orient, aboutissant progressivement à la perte de la valeur ajoutée de ces profils au profit de profils très généralistes.